| Vers une croissance verte à faible intensité de carbone ? |
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[South Bulletin 55] À l’occasion d’une conférence, qui s'est tenue du 22 au 24 juin 2011 à Beijing (Chine), la Chine et d’autres pays ont présenté des programmes de développement écologiques générant de faibles taux de gaz carbonique pour lutter contre les effets des changements climatiques. Malgré l’optimisme régnant, les difficultés sont encore nombreuses et réelles. Bien que les négociations mondiales sur le climat aient très peu avancé, des pays en développement adoptent déjà des mesures visant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et à s'adapter aux effets des changements climatiques. Bien entendu, leurs actions seront loin d'être suffisantes, à moins que les promesses de fonds et de technologie qui ont été faites dans les négociations mondiales ne se concrétisent et que, dans le même temps, les pays développés ne réduisent fortement leurs émissions et ne leur laissent davantage d’« espace carbone ». La Chine a organisé une conférence sur « le développement vert à faible intensité de carbone » à Beijing du 22 au 24 juin 2011, qui a rassemblé des experts internationaux et nationaux et des décideurs nationaux et provinciaux. Le fait que la Chine organise cet événement était significatif, car la Chine est le plus grands pays en développement en termes démographiques et économiques. Elle est également devenue l’un des deux plus grands pays émetteurs de GES au monde. Cependant, comme il a été dit pendant la conférence, la Chine est encore un pays en développement au revenu intermédiaire, occupant un rang relativement intermédiaire au sein des pays en développement en termes de revenu par habitant et d’émission par habitant. Néanmoins, l’attention s’est beaucoup tournée sur la Chine, notamment à cause de sa forte croissance économique mais aussi de son poids économique qui signifie que ce qui se passe dans le pays a de lourdes conséquences sur les changements climatiques dans le monde. La Conférence avait pour but d’examiner les programmes de la Chine et de les soumettre à la critique. La liste de mesures envisagées est impressionnante. Telle qu’elles ont été énumérées par Sun Cui Hua, directrice générale adjointe du Département des changements climatiques à la Commission nationale pour le développement et la réforme, elles incluaient dix domaines politiques. La première mesure consistait à mettre en œuvre des politiques macroéconomiques relatives aux changements climatiques. Parmi les objectifs exposés dans le douzième Plan quinquennal (2011-15) chinois récemment dévoilé, il y a : ? Faire en sorte que la consommation des énergies non fossiles atteigne 11,4 pour cent de la consommation des énergies primaires ; ? Réduire de 30 pour cent la consommation d’eau par unité de production industrielle à forte valeur ajoutée ; ? Réduire de 16 pour cent la consommation d’énergie par unité de produit intérieur brut (PIB) ; ? Réduire de 17 pour cent les émissions de dioxyde de carbone (CO2) par unité de PIB (pour contribuer à réaliser l'objectif promis de réduction des émissions de 40 à 45 pour cent par rapport aux niveaux de 2005 d'ici à 2020) ; ? Porter le taux de couverture forestière à 21,66 pour cent et augmenter les réserves forestières de 600 millions de mètres cubes. Un point qui n’a pas été mentionné par Mme Sun, mais qui aura des conséquences tout aussi importantes, est le nouvel objectif de croissance annuelle moyenne du PIB de l’ordre de 7 pour cent entre 2011 et 2015. Il s’agit d’un taux plus faible que le taux de croissance annuel de plus de 10 pour cent que la Chine affichait auparavant. Une baisse de 3 à 4 points de pourcentage de la croissance du PIB représentera en soi une forte réduction des émissions de GES, en plus des réductions de l’intensité des émissions par rapport au PIB. Parmi les autres mesures annoncées par Mme Sun, figuraient : ? La création d’un fonds chinois pour financer les mesures nationales de lutte contre les effets des changements climatiques ; ? Le lancement de projets pilotes de développement générant de faibles taux d’émissions dans une sélection de villes et de provinces ; ? L’utilisation de mécanismes de marché dont de nouvelles conditions pour les entreprises et un programme pilote concernant les échanges de droit d’émission. ? La création d’un système de certification des produits et industries à faibles émissions et l’incitation des entreprises à se mettre à niveau ; ? La réalisation d’un inventaire des GES, notamment le renforcement des capacités des autorités nationales et la création d'un guide destiné aux entreprises ; ? Le renforcement de la législation de manière qu’elle aille de pair avec les mesures prises ; ? La sensibilisation et l'ouverture de campagnes promouvant les modes de vie à faibles taux d'émission ; ? Le renforcement de la coopération internationale par les échanges et la coopération Sud-Sud ; ? L’adoption de mesures dans plusieurs secteurs et l’amélioration des activités de prévention et d'alerte rapide des catastrophes climatiques. Corrado Clini, directeur général du service pour la protection de l’environnement au Ministère italien de l’environnement, a dit que d’autres pays devraient prendre exemple sur la Chine en faisant des technologies à faible taux d’émission une priorité. La Chine est devenue le pays qui investit le plus dans les technologies à faibles taux d'émission ; elle y a consacré 34 milliards de dollars E.U. en 2010, alors que les États-Unis y ont consacré 17 milliards de dollars, le Royaume-Uni 12 milliards de dollars, l’Espagne 11 milliards de dollars, le Brésil 8 milliards de dollar, l’Allemagne 4 milliards de dollars et le Canada et l’Inde 3 milliards de dollars. Les chiffres récents de la consommation d'énergie et des émissions de la Chine ont été donnés par Wang Zhongmin de l’Institut chinois de la normalisation, qui a dit que la consommation énergétique par unité de PIB a chuté de 19 pour cent au total pendant le onzième Plan quinquennal (2006-2011). La consommation d’énergie par unité de cuivre fondu a chuté de 36 pour cent et la consommation d’énergie par tonne de ciment a baissé de 29 pour cent, tandis que les entreprises utilisant des moyens technologiques dépassés ont fermé. Au cours de cette période, l’énergie économisée représentait plus de 600 millions de tonnes d'équivalent charbon, ce qui veut dire que la réduction cumulée des émissions de CO2 était de 1,5 milliard de tonnes d’équivalent carbone. La politique climatique européenne a été présentée par Jurgen Lefevere de la Commission européenne. Il a affirmé que dans l’Union européenne (UE) il y a eu un découplage entre les émissions des pays et la croissance de leur PIB, car les émissions intérieures ont diminué de 16 pour cent et le PIB a crû de 40 pour cent entre 1990 et 2009. Il a rappelé l'objectif de l’UE consistant à réduire ses émissions de 20 à 30 pour cent d’ici à 2020 (par rapport aux niveaux de 1990) et de 80 à 95 pour cent d'ici à 2050 dans le cadre d'une feuille de route qui inclut des programmes de réduction des émissions dans plusieurs secteurs, l’utilisation de technologies clés et l’investissement. La Commission européenne a évalué les investissements additionnels (nécessaires à la prise de mesure de lutte contre les changements climatiques) à 270 milliards d’euros par an entre 2010 et 2050. Cette somme serait plus que compensée par les bénéfices découlant notamment d’une économie de combustibles de l’ordre de 175-320 milliards d’euros par an, de la réduction par deux des importations d’ici à 2050 qui réduirait la note de 400 milliards de dollars pour cette même période, d'une économie d’allocations maladie de 88 milliards d'euros par an d’ici à 2050 et de la création de 1,5 million d'emplois d’ici à 2020. Malgré les programmes nationaux optimistes de la Chine et le message qu’a fait passer l'UE pour dire que le découplage entre la croissance et les émissions est possible, les experts ont souligné l'immense défi qui attend les pays en développement pour ralentir la croissance de leurs émissions tout en maintenant leur ambition de forte croissance économique. Certains pays développés n’avaient même pas encore vu de découplage, car leurs émissions ont continué de grimper. Ce sera d’autant plus difficile pour les pays en développement de réduire leurs émissions qu’ils doivent également se battre contre la pauvreté mais aussi contre les effets grandissants des changements climatiques (comme les inondations, la sècheresse et les ouragans). C'est là que les négociations mondiales sur le climat entrent en jeu. Les pays développés doivent réduire très fortement leurs émissions et fournir les fonds et la technologies nécessaires aux pays en développement pour que ceux-ci disposent d'un espace atmosphérique et de ressources afin de pouvoir dissocier croissance des émissions et développement économique.
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