| La défense des droits humains et la lutte contre les changements climatiques vont de pair |
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[South Bulletin 60 Article] Les 23 et 24 février 2012, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a organisé un séminaire pour mieux cerner les conséquences des changements climatiques sur les droits humains. Il est important de garder à l’esprit que ces deux problématiques sont étroitement liées pour pouvoir bâtir un plan d’action international sur des bases solides. Par Martin Khor Le séminaire organisé par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève les 23 et 24 février 2012 a été l’occasion de souligner que les changements climatiques relèvent également des droits humains. Le ministre des affaires étrangères du Bangladesh, M. Dipu Moni, a décrit les ravages provoqués par les catastrophes liées au climat ; celles-ci représentent des menaces contre les droits à l’alimentation, à l’eau, à la santé et au logement pour les populations de son pays. Les Philippines se trouvent également dans une situation précaire. Sa commissaire aux changements climatiques, Mary Lucille Sering, a expliqué que de nombreuses tempêtes et inondations ont tué plusieurs centaines de personnes l’an dernier et que le pays doit débourser ou trouver 8 milliards de dollars des États-Unis pour reconstruire les régions sinistrées et les biens endommagés. L’origine de ces deux journées de réunions remonte à une résolution du Conseil des droits de l’homme, adoptée en septembre 2011, dans laquelle il s’est déclaré à nouveau préoccupé par le fait que les changements climatiques font peser une menace imminente sur les populations et nuisent à la pleine jouissance des droits humains. Cette résolution demandait la tenue d’un séminaire pour clarifier les enjeux. L’une des principales questions est de savoir comment formuler l’articulation entre la problématique climatique et les droits humains. Lors de la séance d’ouverture du séminaire, j’ai essayé d’apporter des réponses dans mon discours en utilisant les arguments suivants. Les changements climatiques constituent une crise complexe et multidimensionnelle qui implique l’environnement, le développement et l’équité. Il faut donc l’aborder globalement, comme un tout. À présent, les pays en développement prennent au sérieux la problématique du climat. Leur besoin immédiat est de faire face aux catastrophes naturelles et à celles liées au climat. Ces dernières années, le nombre et l’intensité des phénomènes climatiques exceptionnels, comme les pluies torrentielles, les inondations, les tempêtes et les ouragans se sont accrus, touchant des millions d’individus et provoquant des dégâts estimés à des centaines de milliards de dollars. Il n’existe pas encore de système international adapté pour soutenir les pays lorsqu’ils doivent faire face à des catastrophes naturelles et pour les aider ensuite à la reconstruction. Les pays en développement doivent affronter beaucoup de difficultés et de dilemmes. Ils sont contraints d’augmenter les affectations de ressources aux mesures d’adaptation climatique qui comprennent plus particulièrement la planification et la gestion des opérations en cas de catastrophes, à la réparation des dégâts de grande ampleur et la reconstruction. Ils doivent également assurer le développement social et économique, nécessaire pour que leurs habitants puissent disposer de leurs droits humains à l’alimentation, à l’eau, à la santé et au développement. Enfin, ils doivent aussi apporter leur contribution aux efforts mondiaux en matière d’atténuation, en prenant des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre, comme la préservation des forêts, l’utilisation progressive des énergies renouvelables et la restructuration de l’industrie et du transport. Des dilemmes se posent aux pays en développement, car ils doivent satisfaire à toutes ces nécessités urgentes et concurrentes, sans disposer de ressources suffisantes. Les rares fonds gouvernementaux font l’objet de rivalités, tandis que les entreprises privées ont besoin d’aides pour réussir à la transition vers des modes de production à faible taux d’émission. Entre 1850 et 2010, environ 1 300 gigatonnes (Gt) d’équivalent de dioxyde de carbone ont été émises. Il faut limiter les émissions futures à environ 750 Gt, si nous voulons garder une chance de ne pas voir la température mondiale augmenter de 2 degrés Celsius. Dans le cas contraire, un désastre climatique est prévisible. Comme les émissions augmentent de 40 Gt par an, l’espace carbone de l’atmosphère sera épuisé d’ici vingt ans, compte-tenu du volume et du taux actuels de croissance des émissions. Au vu de cette situation critique, une démarche fondée sur les droits humains et utilisant comme principe l’équité climatique devrait aboutir à la reconnaissance des points suivants. Premier point. Les pays développés devraient être des chefs de file à cause de leur responsabilité historique (ils ont contribué à la plupart des émissions dans l’atmosphère), leur revenu supérieur et leurs capacités technologiques. Ils devraient donc jouer un rôle moteur dans les efforts en matière d’atténuation et effectuer des transferts de fonds et de technologie adéquats vers le Sud, conformément aux engagements qu’ils ont pris dans la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Deuxième point. Les pays en développement doivent intensifier leurs efforts pour réagir aux effets des changements climatiques par des mesures d’adaptation, la gestion des catastrophes, puis la reconstruction. Ils doivent également porter leurs efforts sur le développement social et économique, aider leurs populations à disposer de leurs droits à l’alimentation, au logement et au développement, et en même temps essayer de mettre en place un mode de production à faible taux d’émission. Troisième point. Les pays en développement ne seront pas en mesure se charger eux-mêmes de leurs multiples tâches. Il faut créer des mécanismes concrets pour fournir des fonds appropriés et des technologies respectueuses de l’environnement aux pays en développement. Les montants nécessaires s’élèvent à des centaines de milliards de dollars par an, selon les estimations des Nations Unies et de la Banque mondiale. Quatrième point. Il faut négocier un accord international, dans le cadre de la CCNUCC, qui prenne en compte tous ces aspects. Le cadre de négociation devrait s’appuyer sur le principe de la Convention qui affiche comme ambition environnementale l’atténuation des changements climatiques, et le principe d’équité dans le partage des efforts entre les pays et dans l’appui financier et technologique donné aux pays en développement. Dans la mesure où le marché livré à lui-même ne peut résoudre le problème, les pays développés et les pays en développement ensemble doivent insuffler de grands changements dans les politiques économiques, dans la technologie et dans les modes de vie. De tels changements devront faire appel à la coordination et la coopération internationales, reposant sur la solidarité, l’équité, la justice et le respect des droits humains. Si cette transition méthodique et juste ne se fait pas, les effets des changements climatiques seront graves, entrainant eux-mêmes des changements économiques et sociaux, dont le résultat sera chaotique, désordonné et basé sur la coercition plus que sur la coopération. Dans ce monde cauchemardesque, chaque pays et chaque individu se battra pour son propre intérêt, dans une lutte sans merci pour survivre dans laquelle les riches et les puissants prendront le dessus tandis que les faibles et les pauvres seront écartés. Il est donc important que ceux qui sont impliqués dans la défense des droits humains unissent leurs forces avec ceux qui se battent pour la justice dans le domaine des changements climatiques, en sorte que le premier scénario reposant sur la coopération et la solidarité l’emporte sur le second, dans lequel règnent le chaos climatique et la loi de la jungle.
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